La plainte de Brigitte à Genève en Suisse

Une cinquième plainte surgit en Suisse. Elle a été déposée ce vendredi 13 avril 2018 auprès du Ministère public de Genève, dans sa ville natale.

Une Suissesse l’accuse de séquestration, contrainte sexuelle et viol avec la circonstance aggravante de la cruauté. L’agression de plusieurs heures se serait produite en 2008, soit avant les quatre autres.

Le témoignage de cette femme, âgée d’une quarantaine d’années à l’époque, est retranscrit de manière détaillée dans un document de treize pages que la «Tribune de Genève» a pu consulter.

Brigitte – appelons-la ainsi – retrace le chemin qui l’a conduite jusqu’à Tariq Ramadan. Confrontée à des difficultés familiales, cette femme s’intéresse à celui qui a grandi près de chez elle avant de devenir une figure de l’islam.

Dans un hôtel genevois

Brigitte le rencontre pour la première fois lors d’une dédicace à Genève, puis assiste peu après, en septembre 2008, à l’une de ses conférences, où il lui transmet sa carte de visite. Elle affirme correspondre ensuite avec lui par le biais de Facebook et MSN, l’ancêtre de Messenger. «Il se montrait parfois taquin, pouvant ainsi me traiter par exemple de «coquine», et j’étais séduite», reconnaît-elle dans le document.

Quelques semaines plus tard, elle souhaite assister à une autre conférence qu’il donne à Genève, mais l’événement est privé. L’intellectuel lui propose alors «d’aller boire un café». L’occasion de bénéficier d’une synthèse, pense-t-elle. Le jour venu, le 28 octobre, fatiguée, elle renonce à l’idée. Pourtant, il l’appelle vers 19 h 15, insiste et lui demande de le rejoindre dans un hôtel de la Rive droite, à Genève. Sur place, il lui fait savoir qu’il l’attend dans sa chambre. Elle refuse de monter et le retrouve dans une salle de dîner. Au cours de cet échange «cordial», discutant de connaissances en commun, une remarque l’étonne: «Il m’a indiqué avoir de sérieuses raisons de penser que j’étais des RG.» L’abréviation des Renseignements généraux français, ces années-là.

Par la suite, son interlocuteur réclame au réceptionniste un fer et une planche à repasser, en prévision d’une émission de télévision le lendemain. Brigitte l’aide à monter le matériel dans sa chambre. Passé la porte, tout bascule très vite. «M. Ramadan s’est baissé pour brancher ou débrancher un appareil. Je me trouvais alors derrière lui (…). Au moment où il s’est redressé, son visage s’était transformé. Il m’a alors basculée sur le lit (…) et est tombé sur moi. Je lui ai immédiatement demandé d’arrêter.»

Elle a fait la morte

La panique l’envahit. «Je n’ai pas crié, de peur qu’il me frappe. Il s’est mis à m’insulter (…) J’ai eu peur de mourir. J’étais terrifiée et paralysée.» Durant des heures, raconte-t-elle, Tariq Ramadan l’a contrainte à des actes sexuels. Elle dit s’être débattue. Ces mots restent gravés dans sa mémoire: «Il me disait qu’il y avait deux catégories de femmes qui refusaient d’embrasser: les prostituées et les espionnes. Il m’a alors redemandé si j’étais des RG.» Elle précise avoir reçu des gifles à plusieurs reprises. Pétrifiée, elle n’a pas osé appeler au secours, allant jusqu’à faire la morte. «J’avais l’espoir qu’il s’endorme pour pouvoir m’enfuir.»

Cette nuit-là, son téléphone n’a pas arrêté de biper. «Chaque fois que je tendais la main vers mon portable, il m’attrapait la main et me disait: «Occupe-toi de ton homme!» Elle n’a pu quitter la chambre que vers 6 h 30, ayant eu une occasion de s’enfuir. Sous le choc après cette nuit blanche, Brigitte a songé à porter plainte, avant de se raviser, par peur. Elle a préféré se confier quelques jours plus tard à une journaliste romande connaissant l’intellectuel. Ce dernier l’a appris, affirme-t-elle, et a très mal réagi. Brigitte a continué à correspondre quelque temps avec lui, «dans l’espoir de comprendre son geste, dans l’espoir qu’il s’excuse». Il continuait à lui dire qu’elle était des RG et qu’elle l’avait détruit.

La plaignante dit garder encore des séquelles psychologiques de l’agression. Pendant toutes ces années, elle a pris soin de conserver, parmi d’autres éléments, des copies d’écran, attestant selon elle qu’il était bien son interlocuteur. Pourquoi agit-elle maintenant, plusieurs mois après des révélations successives dans les médias, dont celles d’anciennes élèves genevoises du professeur Tariq Ramadan? Sa motivation est née du courage des autres victimes qui se sont exprimées, indique-t-elle dans le document.

Contactée, la Suissesse tient à garder le silence et requiert le strict respect de son anonymat. Son avocat genevois, Me Romain Jordan, confirme le dépôt d’une plainte pénale, sans faire aucun autre commentaire à ce stade.

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