«Les victimes ne doivent plus culpabiliser au nom de leur islamité» : Huê Trinh Nguyên, journaliste à Saphirnews

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Pour Huê Trinh Nguyên, journaliste à Saphirnews et convertie à l’islam depuis vingt-sept ans, l’affaire Ramadan atteste d’une prise de parole particulièrement difficile.

Convertie à l’islam, Huê Trinh Nguyên est journaliste pour le site d’informations SaphirNews et milite pour les droits des femmes. L’affaire Ramadan a provoqué d’intenses débats, ses accusatrices ayant été très violemment prises à partie. Elle décrypte pour Libération ce contexte ultrasensible.

Est-ce difficile pour des femmes musulmanes, lorsqu’elles ont été victimes, de prendre la parole dans le cas d’affaires comme celles du théologien Tariq Ramadan ?

C’est évident. Au-delà de l’affaire Tariq Ramadan, on observe chez ces femmes beaucoup de culpabilité quand les relations sexuelles n’ont pas eu lieu dans le cadre du mariage, donc interdites pour l’islam. Du point de vue d’un musulman pratiquant, même si ces relations étaient au départ consenties, c’est un péché. S’ajoute la honte d’avoir subi des violences et, s’il n’y en a pas eu, d’avoir été tout du moins séduites, voire manipulées.

 

Le poids de la religion complique-t-il la libération de la parole ?

Ce n’est pas tant le poids de la religion que celui d’une partie de la communauté musulmane. Vu les réactions sur les réseaux sociaux, pourquoi ces femmes prendraient-elles le risque de parler ? Les accusatrices de Ramadan n’ont pas été protégées ou préservées. Un autre paramètre est à prendre en compte : les faits peuvent remonter à plusieurs années et ces femmes se sont peut-être mariées, ont eu des enfants. Elles craignent l’image qui serait renvoyée d’elles, redoutent de détruire ce qu’elles ont construit, sur le plan familial, professionnel ou associatif.

Je pense pour ma part qu’il faudrait ouvrir des lieux d’accueil où les femmes soient en confiance et puissent verbaliser. Pas uniquement dans le but de porter plainte. Dans un premier temps, il faut que ces femmes musulmanes puissent être entendues, qu’elles ne culpabilisent plus au nom de leur islamité.

Sur SaphirNews, nous avons créé, il y a sept ans, la rubrique «Psycho», qui recueille de nombreux témoignages. La plupart expriment la souffrance que vivent les femmes au sein de leur couple. Pour ma part, je me suis convertie il y a vingt-sept ans et je ne cesse de constater qu’une pression s’exerce fortement sur les femmes au nom de la religion : une violence qui peut être symbolique, psychologique, mais aussi, hélas, physique… Je crois qu’il y a là une faillite dans la manière dont on a transmis l’islam à ceux et celles qui sont nés et ont été éduqués en France.

suite et source par Bernadette Sauvaget : http://www.liberation.fr/france/2018/01/31/affaire-ramadan-les-victimes-ne-doivent-plus-culpabiliser-au-nom-de-leur-islamite_1626470

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